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Interview

Christiane de Beaurepaire

Par Julie Joly (L'Express), publié le 22/01/2009

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Les suicides de détenus, elle connaît: Christiane de Beaurepaire fut chef du service psychiatrique de la prison de Fresnes. Elle publie Non lieu (Fayard), portrait sans fard d'un monde carcéral au bord de l'implosion.

Christiane de Beaurepaire: "La prison est pathogène"

On découvre, à vous lire, que les prisons sont peuplées de malades mentaux. Comment est-ce possible?
Deux études récentes l'expliquent très bien (1): la moitié des arrivants en détention présentent des troubles psychiatriques, 30% environ souffrent de névroses avérées et graves. Plus des deux tiers ont connu des événements traumatiques, précoces, divers, nombreux, engendrant des vulnérabilités dépressives et anxieuses.

La prison rend-elle fou?
Il faut bien le dire, la prison est pathogène. En quinze ans, le nombre de détenus hospitalisés en psychiatrie est passé de 100 à 2 000 par an. Le cloisonnement, l'organisation du temps, l'enfermement, le mode de relations avec le personnel pénitentiaire ont des effets délétères sur ceux qui les subissent. Un surveillant, par exemple, ne serre pas la main d'un détenu. Il ne lui dit pas Monsieur ou Madame. Cela ne se fait pas.

Pour quelles raisons?
Diverses raisons. Le code implicite des surveillants l'impose, notre tradition judéo-chrétienne aussi... La sanction est d'abord punition, elle doit faire mal. Sans souffrance, point de rédemption.

Comment faire autrement?
Entendons-nous bien, la prison ne me scandalise pas en tant que telle. La loi existe, la sanction n'est pas une anomalie. Pour autant, la peine devrait s'en tenir à une privation de liberté, stricto sensu. L'inactivité, l'infantilisation, la dépression réduisent les capacités et la réactivité des détenus. Comment leur demander ensuite de se «réinsérer»?

La fréquence des troubles psychiatriques en prison s'est-elle aggravée?
Il y a toujours eu des malades mentaux en détention. L'expertise psychiatrique est née de ce constat. Mais, depuis une quinzaine d'années, la situation s'est dramatiquement aggravée.

Comment cela?
Faute de financements. Depuis quinze ans, on ferme des lits d'hospitalisation psychiatrique. Beaucoup de malades mentaux ne sont pas soignés. A la première infraction grave, ils se retrouvent derrière les barreaux, avant d'avoir été à l'hôpital.

Ceux-là tenteront-ils ensuite de se suicider?
Derrière la porte de chaque cellule se tient un suicidaire potentiel! Seule la vigilance extrême du personnel et des surveillants permet d'éviter les drames. C'est une vraie prouesse.

Vous avez créé une consultation psychiatrique externe, à l'hôpital Paul-Guiraud de Villejuif. Pourquoi?
Parce que personne ne voulait de nos patients une fois sortis de prison! Seuls 10% des centres médico-psychologiques acceptent ces malades. Certains refusent pour des raisons administratives, parce que les détenus libérés n'ont, souvent, plus de domicile. D'autres prétendent manquer de moyens ou d'expérience. Depuis 2002, nous avons suivi plus de 600 patients, venus de toute l'Ile-de-France. L'afflux est exponentiel.

Les centres de rétention de sûreté sont censés prendre en charge les anciens détenus souffrant de troubles psychiatriques sévères et éviter leur récidive...
Il s'agit d'une aberration. Ils auraient une raison d'être s'ils étaient de véritables centres médico-légaux d'observation, d'évaluation et de traitement, dès le jugement ou dès le premier jour de détention. Au lieu de cela, la loi du 25 février 2008 prévoit d'attendre la fin de l'exécution de la peine, c'est-à-dire au moins quinze ans, pour commencer à traiter ces malades. A moins de contourner la loi!

(1) Drees (2002), Frédéric Rouillon et Bruno Falissard (2004).

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  • Livre: Non lieu
  • Auteur: Christiane de Beaurepaire
  • Editeur: Fayard

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