Nov 222010
 

Nous reproduisons ici un remarquable entretien de Jean-Marie DELARUE, Contrôleur Général des Lieux de Détention, recueilli par Marie BOETON et publié par LA-CROIX.com le 21 novembre 2010.

Il explique pourquoi il encourage une plus grande expression des détenus .

Jean-Marie DELARUE : « Encourager la parole pacifierait le quotidien en prison »

Centre de détention de LA FARLEDE, près de TOULON. Les revendications, notamment sur les parloirs, ont du mal à remonter jusqu’à la hiérarchie des prisons (AFP/Éric ESTRAD).

ENTRETIEN

Alors que débutent lundi 22 novembre les Journées nationales des prisons, axées cette année sur le thème de l’expression individuelle et collective des détenus, Jean-Marie DELARUE déplore le manque d’écoute des condamnés lors de leur incarcération.

LA CROIX : les détenus réussissent-ils à faire entendre leur voix en prison ?

JEAN-MARIE DELARUE : Malheureusement non. Ils n’ont quasiment jamais la possibilité de s’exprimer sur leurs conditions de détention. L’administration pénitentiaire ne connaît donc pas leurs attentes concernant le fonctionnement des parloirs, les conditions de travail, etc. Entamer un dialogue avec les condamnés constituerait certes une petite révolution, mais de nombreux pays d’Europe ont déjà franchi le pas.

Au DANEMARK, par exemple, chaque prison s’est dotée d’un comité de détenus, lequel a pour mission de faire remonter les revendications des condamnés à la hiérarchie. En ANGLETERRE, des enquêtes sont régulièrement réalisées auprès des détenus. En FRANCE, rien de tel. Les surveillants auraient pourtant tout intérêt à ce que les détenus disposent de vrais espaces d’expression.

Qu’auraient-ils à y gagner ?

Encourager une telle prise de parole pacifierait considérablement le quotidien en prison. Aujourd’hui, faute de pouvoir faire entendre leurs doléances, les détenus refusent très régulièrement de regagner leur cellule ou boycottent le travail. Or, ce sont des conflits toujours très redoutés par les surveillants, car ils savent très bien que tout peut très vite dégénérer.

Les demandes individuelles sont-elles prises en compte ?

Pas réellement. Les très nombreux courriers de détenus qui me sont adressés – bouleversants pour beaucoup – témoignent d’un manque patent d’écoute. Les condamnés déplorent le peu de temps que leur consacre le personnel pénitentiaire, mais aussi les intervenants extérieurs.

Je ne peux m’empêcher de faire un lien entre ce constat et les centaines de tentatives de suicide et de grève de la faim recensées chaque année. Il s’agit là de formes d’expression désespérées ne visant qu’à une chose : attirer l’attention.

Vous qui êtes l’un des rares à pouvoir directement entrer en contact avec les détenus, quelles sont leurs principales doléances ?

Elles sont très modestes. L’éloignement familial reste leur premier souci. Viennent ensuite la promiscuité en cellule et les difficultés d’accès aux soins. Ils ont, par ailleurs, des revendications concernant le fonctionnement des parloirs, leurs conditions de travail ou les activités sportives ou culturelles qui leur sont proposées.

L’administration pénitentiaire vient de publier un rapport plutôt favorable à l’expression collective en détention. Avez-vous bon espoir que les choses évoluent ?

Je suis confiant. D’abord parce que certains directeurs d’établissement expérimentent déjà, à petite échelle, des dispositifs plutôt innovants dans ce domaine. Ensuite parce que le directeur de l’administration pénitentiaire, Jean-Amédée LATHOUD, est lui-même ouvert à l’idée de permettre une plus grande expression des détenus.

Enfin, parce que la loi pénitentiaire votée l’an dernier promeut clairement cette prise de parole. Elle la cantonne, pour l’heure, aux seules activités proposées en détention, mais j’ai bon espoir qu’on puisse à terme l’élargir à d’autres champs.

recueilli par Marie BOËTON
 Publié par à 21 h 41 min

  2 commentaires à “Jean-Marie DELARUE : encourager une plus grande expression des détenus”

  1. Je trouve cet article très intéressant mais pourquoi reproduisez-vous intégralement, photo comprise, un article de La Croix ?
    Si tout le monde faisait comme vous, plus personne n’irait sur le site de ce journal, qui a besoin de la publicité pour vivre !

    Sentiments distingués.

    Karine Moreau.

  2. Merci pour « le dossier intéressant ». C’est ce que nous essayons de faire – sans grands moyens matériels – car nous nous adressons à des personnes réellement soucieuses de s’engager en faveur de l’humanisation de « nos » prisons et pour la réforme de notre système pénal qui détruit les humains, et fabrique de la récidive ( et donc, des victimes) ou des épaves. Dans votre zèle « policier », il vous aura sans doute échappé que nous mettons toujours le lien vers le site du journal – lorsque l’article est publié sur le site web, bien entendu – lorsque nous reproduisons un article in extenso (ce qui est rare) ou disposons du PDF gracieusement transmis par le journal ou le journaliste. Il faut vous préciser, en effet, que nous ne « volons » pas les PDF… En l’espèce, je vous suggère amicalement de vous procurer une paire de lunettes car le lien figure en gros, en couleur, et en tout début d’article.

    Mais nos visiteurs – sincèrement engagés et dépensant sans compter leur temps et leur argent pour nous aider – apprécient cette « originalité. Ils vont toujours sur le site du média qui est cité car ils savent que l’article évoqué renvoie toujours, en général, à d’autres articles sur le même thème. Il n’y a donc pas le moindre détournement de trafic… Au contraire, puisque « nos » visiteurs vont sur le site du journal, sur lequel ils ne seraient pas forcément allés spontanément.

    Je crois sincèrement que les grincheux devraient utiliser leur énergie pour nous aider à « changer les choses », ce qui est « positif ».
    En toute « charité chrétienne ».

    François KORBER

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